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📙 [𝓒𝓱𝓻𝓸𝓷𝓲𝓺𝓾𝒆] Au revoir là-haut

De Pierre Lemaitre, aux éditions Albin Michel, 2024


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[Coup de cœur] Longtemps resté sur mes étagères, ce livre me faisait de l’œil, mais j’hésitais toujours à lire ce roman récompensé et adapté avec succès au cinéma. Pourtant dès les premières phrases, je fus emporté par le style riche et très agréable de Pierre Lemaitre, son talent narratif et la violence d’une histoire qui vous prend aux tripes. Je me retrouve plongée dans l’enfer des tranchées de 14-18, où les soldats, traités comme de la chair à canon, doivent aussi lutter contre les hommes ambitieux et sans scrupules qui profitent des horreurs de la guerre pour leur profit ou leur gloire. Encore un roman qui restera bien gravé dans ma mémoire.

 

L’armistice de novembre 1918 est sur point d’être signée pourtant certains officiers ne l’entendent pas de cette façon et envoient encore de malheureux poilus à l’assaut des lignes allemandes. Albert et Edouard s’en sortent vivant de justesse, mais l’un d’eux aura la gueule cassée. Ce traumatisme va les lier pour la suite de leur vie.

Dans une France qui se reconstruit, qui pense à l’avenir mais qui oublie régulièrement ceux qui sont rentrés abîmés physiquement et psychologiquement, ils vont élaborer une escroquerie totalement irrespectueuse.

 

Pierre Lemaitre pointe le doigt sur un gouvernement corrompu et indifférent aux traumatismes des soldats de retour des tranchées, à leur réinsertion dans une société très fortement marquée par des inégalités sociales. Il rend aussi un hommage à ceux qui ont fait preuve de solidarité, de résistance face aux puissants et d’imagination pour se sortir des ruines du pays et de leur vie misérable. Un magnifique roman qui, forcément, donne envie de découvrir un peu plus l’auteur.

 

❓Avez-vous vu le film adapté du roman et qu’en pensez-vous ?



𝓓𝒆́𝓫𝓾𝓽 𝓭𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓻𝒆 « Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant une armistice. »

 



𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « … voilà comment ça finit, une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu’on n’est même pas foutu de renvoyer chez eux proprement. Personne pour vous dire un mot ou seulement vous serrer la mer. Les journaux nous avaient promis des arcs de triomphe, on nous entasse dans des salles ouvertes aux quatre vents. L’« affectueux merci de la France reconnaissante » (j’ai lu ça dans Le Matin, je te jure, mot pour mot) s’est transformé en tracasseries permanentes, on nous mégote 52 francs de pécule, on nous pleure les vêtements, la soupe et le café. On nous traite de voleurs. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « L’immensité de sa peine était décuplée par le fait qu’au fond, c’était la première fois qu’Édouard existait pour lui. Il comprenait soudain combien, obscurément, à contrecœur, il avait aimé ce fils ; il le comprenait le jour où il prenait conscience de cette réalité intolérable qu’il ne le reverrait jamais plus. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Sa misanthropie, pourtant à l’abri des balles depuis longtemps, avait été ébranlée. Non par l’hécatombe proprement dite, cela on s’y fait, de tout temps la terre a été ravagée par des catastrophes et des épidémies, la guerre n’étant que la combinaison des deux. Non, ce qui l’avait transpercé, c’était l’âge des morts. Les catastrophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n’y a qu’une guerre pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine admiration pour la qualité de cette arnaque. Ce catalogue confinait au chef d’œuvre. S’il n’avait été aussi tendu vers un résultat dont sa vie dépendait, il en aurait souri. Au lieu de quoi, il se jura que s’il s’agissait de sa peau contre la leur, il allait arroser cette petite bande à la grenade offensive, au gaz moutarde, à la mitrailleuse, s’il le fallait. Qu’on lui laisse seulement un trou de souris pour passer, il ferait un carnage. Il sentit ses abdominaux, ses pectoraux se durcir, ses lèvres se serrer…

C’est ça pensa-t-il. Laissez-moi une chance sur dix mille et vous êtes morts. »

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