top of page
Rechercher

📙 [𝓒𝓱𝓻𝓸𝓷𝓲𝓺𝓾𝒆] Carcoma

  • jmgruissan
  • 5 janv.
  • 3 min de lecture

De Layla Martinez, aux éditions Seuil, 2021


🔥🔥🔥🔥

En premier lieu merci aux éditions du Seuil et Babelio de m’avoir permis de découvrir l’autrice Layla Martinez dans le cadre de l’opération Masse Critique. Une belle rencontre par ailleurs, puisque l’ambiance noire et fantastique m’a rappelé l’univers de Mariana Enriquez, une autre écrivaine de langue espagnole. Dès les premières pages, Layla Martinez assume une écriture, forte, oppressante, mystérieuse et assez déroutante.

 

Ce roman est construit à double voix, entre une grand-mère et sa petite fille, sur quatre générations de femmes. De l’époque pré franquiste à nos jours, au cœur d’un environnement surnaturel ou mystique, transpirent les difficultés de chaque femme à sortir de sa condition. D’une violence inouïe, chacune essaie de conjurer un mauvais sort qui les cloue à une maison, symbole d’une société sclérosée dans laquelle il est extrêmement difficile de sortir de sa classe.

 

Pourtant, cette grand-mère et sa petite fille, rejetées et haïes, comme le pire de la société ont une soif inextinguible de vengeance, un sentiment qui se ressent et qui fait peur. Elles inspirent même une terreur semblable à celle de ces sorcières que l’on redoute mais dont on cherche parfois l’aide maléfique. C’est ainsi que le fantastique s’invite très rapidement dans le roman, à travers  une maison qui semble avoir une personnalité propre, liée à son passé.

 

Une maison qui m’a fait penser à « La maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski. Un endroit dans lequel toutes les ombres du passé continuent à s’immiscer dans l’âme des vivants. Avec cette ambiance profondément sombre et un passé terrifiant lentement distillé, Layla Martinez nous aspire littéralement en quête de l’acte initial, celui de la haine originelle.



𝓓𝒆́𝓫𝓾𝓽 𝓭𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓻𝒆 « Quand j’ai franchi le seuil, la maison s’est jetée sur moi. C’est toujours pareil avec ce tas de briques et de crasse. Il se rue toujours sur tous ceux qui passent la porte et leur tord les boyaux jusqu’à leur couper la respiration. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Dans la cuisine le vieille avait fait un feu pour lui demander quelque chose. Elle alimentait le foyer avec des broussailles sèches, des branches de pin, des vieux papiers, le tout réduit en petits bouts pour que le feu ne devienne pas trop gourmand. Elle lui adressait des murmures, les yeux rivés sur lui, lâchait ses prières entre ses dents sans que je comprenne un mot de ce qu’il disait, mais je savais qu’elle implorait saint Barbe décapitée par son père en haut d’une montagne, sainte Cécile plongée dans l’eau bouillante, sainte Maria Goretti assassinée alors qu’on essayait de la violer et toutes les petites saintes mortes par la main d’hommes enragés. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « C’est ça, la famille, un endroit où on te fournit un gîte et le couvert, en échange de quoi tu es piégée avec une petite troupe de vivants et une autre de morts. Toutes les familles ont leurs morts sous les lits, la seule différence c’est que nous, on voit les nôtres, disait ma mère.  »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « J’ai compris que je n’aurais jamais dû y aller en la voyant debout sur le seuil, mais qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre dans ce village de merde ? Ici il n’y a rien à faire, si ce n’est les vendanges pendant quelques semaines à peine, ou torcher le cul d’un vieux jusqu’à qu’il meure ou qu’on le colle à l’hospice. Je m’étais dit qu’il valait mieux s’occuper d’un enfant que d’un vioque parce que le mouroir, je l’avais déjà chez moi. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « J’ignorais ce que ma petite fille m’a révélé par la suite, ma colère venait uniquement du fait qu’elle ait pu être aussi bête, qu’elle ne m’ait pas écoutée lorsque je la mettais en garde contre les hommes qui ne nous aiment que pour faire leur lit ou le défaire, rien de plus. Que j’aie raison et que mes prédictions se soient réalisées la mettait hors d’elle. »

Comments


Dernières publications
Tag Cloud
bottom of page