📙 [Chronique] 1793
- jmgruissan
- 22 juin 2024
- 3 min de lecture
De Niklas Natt och Dag, aux éditions Sonatine, 2017
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Voici un roman qui se construit de façon originale, on découvre les 4 saisons de l’année 1793 à Stockholm, après le repêchage d’un cadavre horriblement mutilé. Je suis entré très rapidement dans ce thriller historique, hors normes. Niklas Natt och Dag imprègne son roman de faits historiques, le plus souvent cruels, sur cette époque extrêmement éprouvante pour les classes les plus modestes. Pourtant, en Suède, perdurent des solidarités entre les hommes et surtout pointent les idées révolutionnaires venues de France qui font peur à la noblesse. Les pages se tournent rapidement et la fin nous réservent quelques surprises.
Automne 1793, Jean Michael Cardell, ancien soldat de la marine suédoise et désormais membre auxiliaire de la police de Stockholm, repêche un corps dont les quatre membres ont été coupés de façon délibérée. La police occupée à d’autres affaires liées à la propagation des idées révolutionnaires venues de France, confie l’affaire à un enquêteur très particulier Cecil Winge. Cette enquête va mener Winge et Cardell dans des bas-fonds de la ville jusqu’aux personnages les plus influents de la société suédoise.
Ce qui ressort de "1793" c’est une atmosphère sombre et réaliste du Stockholm de la fin du XVIIIe siècle, de l’Europe en général. Dès les premières pages, c’est une immersion totale dans un décor bien étayé qui capture l’attention. Quant aux personnages principaux, l’auteur a su leur donner une profondeur de caractère, nuancée, qui les rend attachants. Enfin, Niklas Natt och Dag, propose aussi une réflexion sur la justice, la corruption, les inégalités et la libération des esprits qui vont provoquer les grandes révolutions du siècle suivant. Dès la dernière page tournée, il me tarde déjà d’ouvrier « 1794 ».
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Début du livre « « Boudin ! Mickel le boudin ! Debout ! »
Quand Cardell commence à reprendre ses esprits sous les coups insistants, la douleur s’attarde quelques instants dans le bras gauche qu’il ne possède plus. A la place de membre perdu pend désormais une main en buis. Le moignon s’emboîte dans un logement en creux, et le bois est maintenu en place au niveau du coude pas des lanières de cuir. Elles entament sa chair. Depuis le temps, il devrait avoir la sagesses de dénouer les lanières avant de sombrer. »
Extrait « Le secrétaire Isak Reinhold Blom abhorre toutes les parties de Stockholm qui ont le tort de s’étendre au-delà du périmètre de la ville entre les ponts, et Ladugârdslandet plus que toutes. Une pluie matinale a transformé les rues en bourbier. Des mendiants, des miséreux et des squelettes filent au coin des rues, courbés pour échapper à la moisson prochaine de la Faucheuse. Des marins et des soldats en uniformes sales viennent grossier leurs hordes. »
Extrait « Je ne rêve plus de prairies ni de framboises sauvages, ma chère sœur. Elles sont mortes pour moi. L’innocence, dit-on, ne peut se retrouver une fois perdue, et cet été m’a arraché mes rêves. Comment pourrais-je jamais éprouver à nouveau le bonheur et la joie, après ce que j’ai vu et fait ?
Il s’est écoulé bientôt quatre ans depuis que la fièvre t’a enlevée à moi, ma sœur, que ton cœur a cessé de battre, que le drap que je venais de laver est rester immobile sur ta poitrine, que j’ai compris que tu ne respirais plus et que je n’avais plus rien d’autre à faire que creuser sa tombe, tresser une couronne de fleurs printanières à poser dessus et attacher deux branches en croix à dresser sur ta dernière demeure. »
Extrait « Cecil Winge se surprend à ruminer la confidence faite à Cardell, quelques heures plus tôt seulement. Il se souvient que c’était sa femme qui s’était montré furieuse quand il les avait surpris sur le fait. Lui n’avait éprouvé qu’un chagrin sans fond, ce qui avait paru la provoquer davantage. Aurait-il dû confirmer ses sentiments par la violence, sortir du lit le caporal à coups de pied, le battre jusqu’au sang ? »
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