đ [Chronique] Lonesome Dove Ă©pisode 1
- jmgruissan
- 18 mai 2024
- 4 min de lecture
De Larry McMurtry, aux Ă©ditions Gallmeister, 1985
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[Coup de cĆur] Voici un excellent western. Des grands espaces, des cowboys, des brigands, des indiens, des saloons, des sheriffs, de la violence, de lâamour et un immense voyage. Larry McMurtry raconte des histoires, celles-ci se croisent entre lâArkansas et le Texas. Il est question de conquĂȘte de territoires, de bĂȘtes et de femmes. Ces derniĂšres doivent ĂȘtre fortes, dans une pĂ©riode oĂč la loi du revolver est la plus forte. Pourtant, dans ce souffle Ă©pique vertigineux, lâĂ©crivain explore aussi les destins personnels, non sans humour et dĂ©rision, pour lesquels chaque pas dans cette nature sauvage peut signifier la mort. Un roman aux paysages grandioses et aux personnages contrastĂ©s oĂč mĂȘme les bĂȘtes ont leur caractĂšre.
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On est en 1880 au Texas, dans la petite ville de Lonesome Dove. La vie sâĂ©coule lentement, les Texas rangers ont « apaisĂ©s » les conflits avec les Comanches et les Mexicains. Pourtant, quelques brigands traversent le Rio Grande dans un sens ou dans lâautre pour voler du bĂ©tail ou des chevaux. Augustus McCrae et Woodrow Call, anciens rangers sont dĂ©sormais propriĂ©taires dâune ferme, mais lâarrivĂ©e dâun vieux coĂ©quipier va les conduire Ă retrouver la piste. Regroupant une Ă©quipe de cowboys et un troupeau de bĂ©tail, ils dĂ©cident partir Ă lâaventure pour rejoindre le Montana et faire fortune.
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Dans ce premier Ă©pisode, McMurtry peint un tableau vivant de la vie Ă la frontiĂšre mexicaine, oĂč l'amitiĂ©, la loyautĂ© et le courage sont aussi importants que le pistolet Ă la ceinture. Tout en maintenant un rythme narratif palpitant, ses descriptions sont saisissantes et immersives. LâĂ©vocation de thĂšmes tels que l'amour, la perte et le passage du temps, confĂšre Ă roman une profondeur Ă©motionnelle qui transcende le genre du western. Câest pour ma part un grand roman coup de cĆur, vivement lâĂ©pisode 2.
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âConnaissez le western « Incident Ă Twenty-miles de Trevanian ?

DĂ©but du livre « Lorsque Augustus sortit sous le porche, les cochons bleus Ă©taient en train de manger un serpent Ă sonnette â un spĂ©cimen de taille modeste. Le serpent devait ramper Ă la recherche dâun peu dâombre quand il est tombĂ© sur les cochons. Ils se le disputaient Ăąprement et il Ă©tait clair que le crotale ne sonnerait plus jamais. La truie le tenait par le cou et verrat par la queue. »
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Extrait « Newt se mit Ă rire. Bol nâavait jamais rien compris Ă la guerre de SĂ©cession, mais il avait Ă©tĂ© sĂ©rieusement dĂ©solĂ© lorsquâelle avait pris fin. En fait, si elle sâĂ©tait prolongĂ©e, il aurait peut-ĂȘtre continuĂ© de bandit â la profession rapportait et Ă©tait sans danger puisque tous les Texans Ă©taient loin de chez eux. Mais les rescapĂ©s de la guerre qui Ă©taient rentrĂ©s au pays aprĂšs le conflit Ă©taient pour la plupart eux-mĂȘmes des bandits et, de surcroĂźt, mieux armĂ©s. La profession nâavait pas tardĂ© Ă ĂȘtre encombrĂ©e et Bolivar avait vite compris que lâheure de la retraite avait sonnĂ©. Cependant, lâenvie le prenait encore de temps Ă autre dâaller donner de la gĂąchette. »
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Extrait « Newt pris lâarme et la sortit de son Ă©tui. Elle sentait un peu lâhuile â le Capitaine avait dĂ» la graisser le jour mĂȘme. Ce nâĂ©tait Ă©videmment pas la premiĂšre fois quâil tenait un revolver. Il avait reçu un sĂ©rieux entraĂźnement au tir, dispensĂ© par M. Gus qui lâavait complimentĂ© sur son adresse. Mais tenir une arme et en avoir une vraiment Ă soi Ă©taient deux choses diffĂ©rentes. Il fit tourner le barillet du Colt et en Ă©couta les petits cliquetis nettement perceptibles. La crosse Ă©tait en bois, le canon bleu et froid ; lâĂ©tui avait conservĂ© la vague odeur du savon que lâon utilisait pour nettoyer les selles. Il remit le revolver dans son Ă©tui, boucla son ceinturon et sentit le lourd poids de lâarme contre sa hanche. Lorsquâil pĂ©nĂ©tra ensuite dans le corral pour prendre son cheval, il eut pour la premiĂšre fois de sa vie le sentiment dâĂȘtre un homme accompli. »
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Extrait « - Je serais curieux de savoir de quoi il mort, répéta Call.
-         Il a dĂ» avaler un piment de travers, dit Augustus. Ceux quâon arrive pas Ă avoir dâun coup de couteau ou dâune balle finissent gĂ©nĂ©ralement par se casser le cou en tombant de leur porche, ou quelque chose du genre. Tu te rappelles Johnny Norvel qui est mort dâune piqĂ»re de guĂȘpe ? Johnny a bien dĂ» se faire tirer dessus vingt fois, et câest une saloperie de guĂȘpe qui lâa eu. »
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Extrait « - Vous avez dit quoi ? demande-t-il finalement.
-         Jâai dit quâon devrait se marier, rĂ©pĂ©ta Louise dâune voix forte. Ce que jâaime chez vous, câest que vous faites pas de bruit. Jim arrĂȘtait pas de causer dĂšs quâil avait une bouteille de whiskey Ă la bouche. Jâen avais assez de lâĂ©couter. En plus, vous ĂȘtes maigre. Si vous mourez, au moins vous serez pas difficile Ă enterrer. Jâai enterrĂ© assez de maris pour savoir Ă©valuer ce genre de choses. Quâest-ce que vous en dites ? »
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Extrait « Plus il restait Ă©veillĂ©, plus il se sentait bizarre. Il se dit quâil Ă©tait en train de devenir fou sous la pression des Ă©vĂ©nements quâil vivait. Les Ă©toiles ne pouvaient Ă©videmment rien pour lui. CâĂ©taient des Ă©toiles, non des miroirs. Elles ne pouvaient guĂšre montrer ses sentiments Ă Ellie. Il sâassoupit un moment et rĂȘva quâelle Ă©tait de retour. Ils Ă©taient assis dans le grenier de leur cabane et elle lui souriait.
Quand il se rĂ©veilla et quâil comprit que tout ça nâavait Ă©tĂ© quâun rĂȘve, sa dĂ©ception fut si grande quâil se mit Ă pleurer. La scĂšne lui avait paru si rĂ©elle et la prĂ©sence physique dâEllie si tangible quâil voulut se rendormir pour retrouver son rĂȘve, mais il nây parvint pas. Il passa le reste de la nuit Ă©veillĂ© Ă sâen remĂ©morer la douceur. »
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