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📙 [Chronique] Sidi

  • jmgruissan
  • 14 mai 2023
  • 4 min de lecture

D'Arturo Pérez-Reverte, aux éditions Seuil, 2023


🔥 🔥 🔥🔥 🔥

En premier lieu, un grand merci aux éditions Seuil et Babelio pour m’avoir proposé de découvrir ce dernier roman d’Artur Pérez-Reverte. Cet écrivain espagnol a le talent de nous faire battre le cœur au diapason de ses personnages. A l’instar du héros Sidi (plus connu en France sous le surnom du Cid), l’écriture est conquérante et vous prend souvent les tripes, le style ralentit ou s’accélère, savamment, en fonction des chapitres, et c’est tout l’art de l’auteur. Il s’empare d’une légende, Ruy Diaz de Vivar, mélange les réalités historiques et les mythes, et puis forge son propre « Cid ». Les pages se tournent au seul plaisir de la lecture, avec toujours, pour ma part, la tentation d’aller sur Wikipedia, en savoir plus sur ce héros espagnol. Mais faites comme moi savourez l’instant et le bonheur de la découverte.


Au XIème siècle, Ruy Diaz est un valeureux chevalier attaché au roi de Castille, Sanche. Malheureusement, ce dernier meurt dans des circonstances qui poussent Ruy Diaz à demander de façon irrévérencieuse au nouveau roi Alphonse, s’il n’est pas l’assassin de son défunt frère. Alphonse VI va en garder rancune et le bannira du royaume de Castille. Ruy Diaz à la tête d’une troupe de mercenaires fidèles, lutte aux frontières des royaumes musulmans. Son panache, son courage et son audace vont lui valoir le surnom de Sidi, Maître. A partir de là, il vendra son épée au plus offrant, seigneurs Chrétiens ou Maures. A cette époque, il n’est pas rare que les alliances entre Maures et Chrétiens se fassent au détriment d’autres territoires chrétiens ou musulmans. Dans ce roman, Arturo Pérez-Reverte retrace une partie de la vie de Ruy Diaz, quelques mois, qui vont faire de faire de lui, une légende.


Je connaissais le Cid à travers les vers de Corneille dont « Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort - Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. » Mais la tragédie de Corneille est très loin de la réalité historique, si tant est qu’elle soit vérifiable. Avec Arturo Pérez-Reverte c’est plutôt le souffle épique qui traverse les pages, on y croise la violence des combats, la peur, la mort omniprésente, mais aussi des moments de grâce, la croyance à un Dieu tout puissant, l’amour et l’amitié entre les guerriers plus forte finalement que tout le reste.


Connaissez-vous des classiques revisités ?


El Cid Le héros est né dans le village de Vivar, à côté de Burgos, vers 1043, dans une famille de petite noblesse castillane. À la suite de son père, Rodrigo (Rodrigue en français) s'engage sur les champs de bataille, tant contre les rivaux chrétiens de son roi que ses ennemis musulmans, les « reyes de taifa ».


Devenu roi de Castille, Sanche II offre le poste de chef des armées à son ami, dont les faits d'armes sont déjà légendaires. Un combat singulier contre Martin Garcés, champion du roi de Navarre Sanche IV, lui vaut son premier surnom : Campeador (du latin campi doctor : maître d'armes ou maître du champ de bataille). Mais notre guerrier a d'autres talents : il sait lire et écrire mais aussi s'exprime en arabe, la langue des envahisseurs.


Le vent tourne avec la mort de Sanche, assassiné devant Zamora (Castille-et-León) en 1072, certainement sur ordre de son frère, Alphonse.


Devenu à son tour roi de Castille sous le nom d'Alphonse VI, celui-ci ne se montre pas ingrat envers Rodrigo et lui donne la main d'une de ses parentes, Jimena (Chimène en français). Mais il ne tarde pas à prendre ombrage de son ambition, de sa brutalité et de son absence de scrupules.


Contraint à l'exil en 1081, Rodrigo propose ses services aux roitelets tant chrétiens que musulmans qui se disputent la péninsule en cette période troublée.


Il entre d'abord au service du roi musulman de Saragosse, qui lui permet de conserver tous les territoires qu'il pourra conquérir. Il manie alors l'épée dans tout l'est de la péninsule, donnant naissance à cette réputation d'invincibilité qui le suivra jusqu'après sa mort. Il devient à jamais le Cid, « le seigneur » (de l'arabe al-sayyid ou sidi).




Début du livre « Du haut de la colline, main en visière sur le bord du heaume, le cavalier fatigué regarda au loin. Le soleil, d’aplomb à cette heure, semblait faire onduler l’air à grande distance, en l’épaississant jusqu’à lui donner une consistance quasi physique. La petite tache sombre de San Hernan ressortait au milieu de la plaine calcinée couleur paille, et de là montait vers le ciel une colonne de fumée. »


Extrait « Le pire n’était pas le combat, mais l’attente. Il eut le temps d’y penser tandis qu’il se tenait immobile, couché sur le ventre au sommet d’un rocher du pas de Corvera. Son épée nue à portée de main. Au bas du versant, devant lui, le ravin tout proche était un trait obscur dans la nuit que la lune clarifiait un peu. Derrière lui, un manteau d’étoiles se déployait jusqu’au ponant.

Loin, à une grande distance, un loup solitaire hurla.

C’était cela, la guerre, se dit Ruy Diaz encore une fois : neuf parts de patience et une de courage. »

Extrait « Ils restèrent à s’observer encore un moment, très sérieux, comme prêts à croiser le fer. Finalement, tel un trait blanc subit, un sourire éclaira le visage basané et élégant du Maure.

- Rassemble-moi quatre cents lances, souscrivit-il. Et que là où ne frappera pas ton épée frappe la peur de ton épée… Bats-toi sous mon enseigne sans renoncer à la tienne, si tu le veux ainsi, et Dieu nous viendra en aide. »

Extrait « Ruy Diaz ouvrit les yeux, troublé, il put voir la servante disparaitre en silence dans un passage.

- Ce n’est pas ce qui t’attend pendant la guerre, insista Rachida, le frôlant presque de ses lèvres, en un murmure si proche qu’il lui hérissa le poil.

Il resta immobile, en se disant que c’était vrai. Que jamais de sa vie il n’avait entendu semblable vérité. Puis il se retourna tout doucement pour s’engloutir dans son sourire et dans le paradis émeraude que promettaient ces yeux. »

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