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📙 [Chronique] True Story

  • jmgruissan
  • 18 mars 2023
  • 3 min de lecture

De Kate Reed Petty, aux éditions Gallmeister, 2020


🔥 🔥 🔥🔥 🔥


En 1995, on n’est pas encore à l’ère des réseaux sociaux, mais les rumeurs ou les mauvaises réputations peuvent aussi se diffuser extrêmement vite. Kate Reed Petty propose un roman noir aux frontières du thriller et du fait social. Un livre qui m’a de suite séduit pas des styles d’écriture différents qui enrichissent le propos et relancent la dynamique de lecture. Ce jeu est parfaitement maîtrisé par l’autrice, qui perd le lecteur, le rattrape jusqu’à une fin inattendue, qui peut aussi être perçue comme de la manipulation. Mais être manipulé à ce niveau relève d’un grand art.


Alice Lowet est une adolescente avec un certain talent littéraire. En fin d’une soirée très arrosée, deux garçons, membre de l’équipe de Crosse, la ramènent chez elle bien éméchée et endormie sur le pas de sa porte. Pourtant, dès le lendemain, une rumeur sordide impliquant les 3 jeunes s’amplifie sur l’ensemble du campus. Entre accusations, témoignages, groupes de pression, réalité déformée par l’alcool et la drogue, l’ensemble des protagonistes ne se tirent pas indemnes du procès. Plusieurs années plus tard, les rancœurs persistent, les idées de vengeance ou de pardon perdurent sans que l’on connaisse vraiment la vérité.


True Story oscille donc entre le roman noir et thriller. Très intelligemment construit, le lecteur navigue entre la réalité et le fantasme, ce qui trouble forcément la perception des faits. Mais ce trouble est lié à ce qu’une rumeur peut jeter sur les vérités. Kate Reed Petty signe donc un ouvrage dans lequel les chimères, les hallucinations, les mensonges et la vérité s’entrecroisent comme dans la vraie vie où les victimes de rumeurs sont dépourvues d’armes face aux allégations les plus blessantes. Une réalité d’autant plus prégnante, désormais, avec les réseaux sociaux.


Début du livre « La dernière fois que tu es venue me demander cette histoire, cela faisait déjà des années que je me cachais à Barcelone. Je vis dans un studio spacieux en haut d’un immeuble de quatre étages, avec un sol carrelé et une grande baie vitrée coulissante qui donne sur un grand patio ; ce patio est bordé de pots en terre cuite laissés là par les précédents locataires, envahis de plantes succulentes, trop lourds pour qu’on les déplace. »


Extrait « C’est le personnage de Brad Pitt qui se rend dans l’appartement de Kevin Spacey et qui manque de l’arrêter, c’est lui qui le traque, et c’est lui que le tue à la fin. C’est lui qui aspire à la justice. Mais c’est Morgan Freeman qui décrypte le code, qui comprend, grâce aux recherches qu’il a fait à la bibliothèque. Son chemin est un chemin vers la compréhension du mal. Le comprenant, il apprend à vivre avec lui. »

Extrait « Il se sentait vraiment mal, mais son cerveau se remettait à fonctionner. Il commençait à comprendre ce qui s’était passé. Il avait vraiment touché le fond ce week-end. Il s’était tranché la main, avait bousillé sa voiture, et avait eu de graves hallucinations. Mais en même temps, il ne s’était pas tourné les pouces. Jeu de mot involontaire. Il avait vraiment réussi à se punir au cours de ces trois jours, non ? Il avait vraiment vu le pire de lui-même. Et n’était-ce pas là son but ? »


Extrait « Un temps incroyablement long passa comme ça. Le couple de personnes âgées disparut, mourut peut-être. La mère qui faisait son jogging emmitoufla sa poussette dans quelque chose de blanc et duveteux, comme un nuage. Les arbres perdirent leurs feuilles, je regardais la pluie tomber, la neige tomber. De nouveaux couples arrivèrent. Les arbres se couvrirent de bourgeons. Je ne t’avais pas parlé, ni à personne, depuis l’été. Je n’étais pas allée sur internet, je ne m’étais pas servie du téléphone. J’étais ébahie de voir comme le temps avait passé. Si t’es malade pendant un jour, ça te parait un an. Si t’es malade pendant un an, ça te parait un jour. »

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