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📙 [Chronique] Un loup est un loup

  • jmgruissan
  • 22 avr. 2023
  • 5 min de lecture

De Michel Folco, aux Ă©ditions Points, 1995


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[Coup de cƓur] Dans les annĂ©es 1770, le royaume de France est toujours soumis au bon vouloir du roi. Les coutumes, les traditions, les seigneurs locaux, le clergĂ© et les superstitions avilissent le peuple qui n’a guĂšre le choix que de se plier sous peine de subir une justice arbitraire et radicale. Pourtant, on sent poindre les LumiĂšres et les questionnements sur ce qui semble ĂȘtre une sociĂ©tĂ© immuable. Michel Folco, en fabuleux conteur, entraine le lecteur grĂące Ă  son style truculent et plein d’humour. Pourtant, il sait aussi enrichir le roman de la richesse historique sur les mƓurs et les rĂšgles de l’époque. Un vĂ©ritable plaisir de lecture qui donne qu’une seule envie, lire la suite.


Macarel de non di diou ! Tricotin, le sabotier de Racleterre, vient d’avoir des quintuplĂ©s. Branle-bas au village, oĂč la nouvelle se repend comme une trainĂ©e de poudre. DĂ©jĂ , tous les habitants se pressent afin d’apercevoir les enfants, d’un signe de grande fertilitĂ© pour les uns ou du malin pour les autres. MĂȘme la ChĂątelaine vient au chevet de la mĂšre constater cet Ă©vĂ©nement incroyable. Tout de suite, elle dĂ©signe Charlemagne comme son filleul. Ce dernier nĂ© ou premier conçu selon le thĂ©ologien que l’on prĂ©fĂšre, deviendra un garçon Ă©tonnant, malin, intelligent et surtout dĂ©montrant une certaine connivence avec les animaux dont, le plus maudit, le loup.


Michel Folco sait raconter mais il sait aussi faire dĂ©couvrir, c’est un trĂšs beau roman historique. A chaque page, c’est l’accent de l’Occitanie que l’on entend rocailleux ou chantant, et ce sont les lĂ©gendes de ma belle rĂ©gion qui naissent sous la plume de l’auteur. C’est aussi le roman de la fratrie chez les humains et chez les loups, un lien du sang plus fort que les traditions, l’enseignement des curĂ©s et que les coups de bĂątons. Michel Folco, nous apprend aussi beaucoup sur le loup, cette bĂȘte mal aimĂ©e, de nos jours aussi, dont la sociĂ©tĂ© cruelle et fraternelle au langage Ă©laborĂ©, hante toujours les cauchemars des enfants.



Le Rouergue (en occitan rouergat) est une ancienne province du Midi de la France correspondant approximativement Ă  l'actuel dĂ©partement de l'Aveyron. AprĂšs avoir fait partie du comtĂ© de Toulouse, il fut rattachĂ© Ă  la Guyenne avant d'en ĂȘtre dĂ©tachĂ© lors de la formation de la province de Haute-Guyenne en 1779.

Le Rouergue comprenait notamment le comté de Rodez, ainsi que la Haute Marche (Millau) et Basse Marche (Villefranche-de-Rouergue).




Les loups sauvages ont toujours fasciné l'espÚce humaine au cours de l'histoire, alimentant tous les domaines de la culture : la mythologie, la littérature, les arts mais aussi les peurs et les fantasmes collectifs. Le loup gris est ainsi l'un des animaux les plus connus et les plus étudiés au monde, avec probablement plus de livres écrits à son sujet que pour toute autre espÚce sauvage. Il a été méprisé et chassé dans la plupart des communautés pastorales à cause de ses attaques contre le bétail, mais respecté dans certaines sociétés agraires ou de chasseurs-cueilleurs dans lesquelles il a noué des associations depuis longtemps. Bien que la peur du loup soit omniprésente dans de nombreuses sociétés, la majorité des attaques enregistrées contre des personnes ont été attribuées à des animaux souffrant de la rage. Les loups sains attaquent rarement l'homme : depuis le début du XXe siÚcle, on ne dénombre dans le monde entier qu'une ou deux attaques par an, les victimes étant principalement des enfants loin des agglomérations. La chasse au loup ayant fortement marqué le caractÚre de l'animal, il est en général craintif et méfiant vis-à-vis de l'homme.



DĂ©but du livre « Truffe Ă  l’évent, oreilles aux Ă©coutes, la louve cherchait pitance depuis le crĂ©puscule, gĂȘnĂ©e par son ventre trop lourd qui pendait Ă  frotter terre. Elle n’aurait pas dĂ» sortir, mais cela faisait quatre jours maintenant que son compagnon n’avait pas rĂ©apparu Ă  la loviĂšre. »


Extrait « Pillehomme ouvrit un tiroir dans la table oĂč Ă©taient rangĂ©s un nĂ©cessaire Ă  Ă©criture et une liasse de feuilles vierges de divers formats. Issu d’une lignĂ©e d’huissiers, le jeune secrĂ©taire-greffier Ă©tait prĂ©nommĂ© Gabriel en hommage Ă  l’archange, saint patron de la profession pour avoir pratiquĂ© la premiĂšre expulsion de l’humanitĂ©, celle d’Adam et Eve du paradis. »

Extrait « A l’instar du fouet et de la fĂ©rule, le martinet Ă©tait plus un instrument de piĂ©tĂ© que de torture. Frapper l’écolier fautif non seulement dĂ©racinait le mal implantĂ© en lui, mais facilitait la pĂ©nĂ©tration des connaissances dans son esprit. Cette mĂ©thode dite « contondante » Ă©tait en usage dans la majoritĂ© des Petites et Grandes Ecoles du royaume. Pour les punitions Ă  caractĂšre religieux, on cognait sur le crĂąne avec une bible. »


Extrait « Charlemagne courut s’abriter sous le premier arbre venu. Accroupi contre un tronc, il attendit l’accalmie en mĂ©ditant sur les loups-garous, ces mi-hommes, mi-bĂȘtes, aux poils poussant sous la peau et qu’on ne pouvait occire qu’avec des balles fondues dans des mĂ©dailles de Saint-Hubert en argent. D’aprĂšs leur mĂšre-grand Jeanne, il s’agissait de fils de prĂȘtres, victimes innocentes payant injustement pour les pĂ©chĂ©s de leurs gĂ©niteurs. Pour leur mĂšre-grand AdĂšle, les garous Ă©taient issus de l’Enfer. Quand celui-ci Ă©tait surpeuplĂ©, Lucifer retournait son trop-plein d’ñmes sur terre oĂč elles devenaient garous pour une pĂ©riode de sept ans avant de pouvoir remonter. »

Extrait « Javertit fendit l’attroupement composĂ© de nombreux bergers, de goujats, de pĂątres et autres gagne-petit des alentours venus chercher une femme. La tradition voulait que toute condamnĂ©e Ă  mort femelle n’ayant point commis de crime de sang pouvait ĂȘtre graciĂ©e par quiconque exprimerait publiquement le souhait de l’épouser. Sans ĂȘtre rares, de semblables occasions se prĂ©sentaient deux Ă  trois fois l’an et attiraient tout ce que les alentours comptaient de garçons sans terre ni avenir mais dĂ©sireux nĂ©anmoins de se reproduire. De cette coutume Ă©tait nĂ©e l’expression « se mettre la corde au cou » en parlant de mariage. »


Extrait « PassĂ© l’endroit oĂč il s’était arrĂȘtĂ©, il battit le briquet et enflamma la mĂšche. Le couloir continuait Ă  descendre sur une vingtaine de pas. Les bruits de clapotis s’intensifiĂšrent. Il dĂ©couvrit tout Ă  coup une frise faite de petits chevaux Ă  robe ocre qui galopaient sur la paroi de gauche. Ils portaient de curieuses criniĂšres en brosse : deux d’entre eux avaient le ventre distendu qu’ont les juments pleines. »

Extrait « Il compilait pour l’instant une traduction française du Manuel de crucifiement, un ouvrage aussi rare que sulfureux achetĂ© lors de son dernier sĂ©jour parisien. En dĂ©pit de son titre, c’était d’abord les mĂ©moires de Guerschom bar Kohen (nĂ© en 4, mort en 74), maĂźtre exĂ©cuteur en chef auprĂšs du SanhĂ©drin de JĂ©rusalem, au temps oĂč Ponce Pilate Ă©tait procureur de JudĂ©e. MaĂźtre Guerschom Ă©tait le seul bourreau de l’histoire de l’humanitĂ© Ă  comptabiliser un dieu dans son palmarĂšs. »

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