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📙 [𝓒𝓱𝓻𝓸𝓷𝓲𝓺𝓾𝒆] Lanark

  • jmgruissan
  • 17 janv.
  • 5 min de lecture

De Alasdair Gray, aux éditions Métailié, 1981


🔥🔥🔥🔥

Beaucoup à dire sur ce roman protéiforme, le premier roman de Alasdair Gray. Il en illustre d’ailleurs quelques pages car cet écrivain est aussi peintre et illustrateur. Il nous entraine dans un récit qui paraît en premier lieu déstructuré car il commence par le livre 3 et continue par les livres 1, 2 et 4 mais il y mêle aussi réalisme et réalité alternative, surréalisme et dystopie. Toute une expérimentation littéraire qui peut parfois perdre le lecteur. Pourtant, même si la lecture est complexe, le plaisir de l’exploration est plus fort. Où nous conduit Gray, quel est son objectif ? Ce mélange des genres ou d’atmosphères en fait une œuvre riche dont on se souviendra forcément.

 

On y suit essentiellement deux récits parallèles qui sont finalement liés. Lanark vit à Unthank, une ville dans un monde parallèle, dans laquelle il recherche désespérément la lumière. Un monde soumis au pouvoir des grandes entreprises et en pleine décomposition sociale. Il développe une maladie qui transforme sa peau en écailles de dragon.

Duncan Thaw, jeune artiste peintre, vit à Glasgow,  il créé des œuvres sans concessions, malheureusement il souffre aussi d’un mal récurrent qui l’épuise. Le livre ouvre ces deux espaces qui semblent en tous points dissemblables.

 

Ce qui m’a marqué, c’est l’engagement de l’auteur dans la dénonciation d’une société fortement divisée par l’exploitation des hommes par des genres de « multinationales » qui dictent leurs intentions à un pouvoir qui agit en suiveur. L’individu est alors assimilé dans une machinerie sociale qui le soutient par des aides sociales mais qui l’empêche de vivre libre. Pour Ducan Thaw, c’est la souffrance de l’artiste qui est au cœur du récit et sa relation avec la société.

 

Enfin, Glasgow semble être le 3ème personnage principal, elle se retrouve dans des versions réaliste et fantasmagorique, un être à découvrir dans un prochain voyage. Un voyage qui j’espère sera moins éprouvant que la lecture de ce livre déroutant.

 

❓ Avez-vous lu des livres extrêmement déroutants ?



Alasdair Gray est né le 28 décembre 1934 à Glasgow et mort dans la même ville le 29 décembre 2019. C’est un romancier, poète, dramaturge et peintre écossais.

 

Son premier roman, Lanark fut publié en 1981 et connut un immense succès critique. Avec l'autodérision qui le caractérise, Alasdair Gray se définit lui-même ainsi : « un Glaswegien, gros, vieux, et asthmatique, qui gagne son pain grâce à la peinture et à l'écriture. »

 

Il est également l'auteur du roman Pauvres Créatures (Poor Things), publié en 1992, et adapté au cinéma en 2023 sous le titre homonyme.



𝓓𝒆́𝓫𝓾𝓽 𝓭𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓻𝒆 « L’Elite Café était accessible par une cage d’escalier située dans l’entrée d’un cinéma. Aux deux tiers de la montée, un palier avait une porte qui donnait sur le cinéma même, mais les gens de qui se rendaient à l’Elite montaient plus haut pour arriver dans cette vaste salle d’apparence défraichie remplie de fauteuils et de tables basses. »

 


𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Il courait, le regard fixé sur l’horizon, avec la vague idée que le jour durerait plus longtemps s’il l’atteignait avant que la lumière se fût entièrement évanouie. Le vent se leva. De fortes rafales le poussaient par-derrière, rendant la course plus facile que la marche. Cette course avec le vent vers une aube mourante était la plus belle chose qu’il eût faite depuis son arrivée dans cette ville. Quand le ciel fur redevenu entièrement noir, Lanark s’arrêta, s’appuya à l’entrée d’un immeuble pour retrouver son souffle, puis retourna à pas pesants vers l’arrêt du tramway situé au carrefour. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Elle caressa la tête du vieux jouet. Lanark tenta de penser à d’autres mots.

« Tu es venue ici il y a longtemps ? demanda-t-il.

-          Ça veut dire quoi « longtemps » ?

-          Tu étais petite quand tu es arrivée ? »

Elle haussa les épaules.

« Tu te souviens d’un temps où les journées étaient longues et lumineuses ? » »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Au soleil, je veux trouver l’amour, me faire des amis et avoir un travail.

-          Mais vous n’êtes pas athénien ni florentin, vous êtes un homme moderne ! Dans ces civilisations modernes, ceux qui travaillent au soleil sont une minorité méprisée et décroissante. Même les fermiers commencent à travailler à l’intérieur. Quant à l’amour ou à l’amitié, l’humanité a toujours préféré pratiquer ces choses-là la nuit. Si vous vouliez la lune, je pourrais compatir, mais Apollon est plutôt discrédité. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - Des examens ! s’écria Thaw. Tout n’est qu’examens ! Est-ce que tout ce qu’on fait doit d’abord satisfaire quelqu’un d’autre avant d’être valable ? Est-ce que tout ce qu’on fait par goût est égoïste et inutile ? L’école primaire, l’école secondaire, l’université, elles nous prennent les vingt-quatre premières années de notre vie et pour passer à l’année supérieure, il faut réussir un examen. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - Pense à Florence, à Paris, à Londres, à New York. Celui qui visite ces villes pour la première fois n’est jamais un parfait étranger, parce qu’il les a déjà visitées dans des tableaux, des romans, des livres d’histoire et des films. Mais quand une ville n’a jamais été utilisée par un artiste, même ses habitants n’y vivent pas dans leur imaginaire. Qu’est-ce que Glasgow, pour la plupart d’entre nous ?  » Une maison, l’endroit où l’on travaille, un terrain de foot ou de golf, quelques pubs et des rues qui se croisent. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Lanark fronça les sourcils d’un air furieux, mais le bruit rendait toute pensée impossible. Ce bruit avait quelque chose d’animal, et même d’humain, mais seule une machine aurait pu tenir un hurlement, un cri, un miaulement, un grondement, un grincement, un gémissement, un martèlement, un gazouillis aussi énorme. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Mais vous avez dû atteindre cette pièce en traversant plusieurs chapitres que je n’ai pas encore clairement imaginés, si bien que vous connaissez des détails de l’histoire que je ne connais pas. Bien sûr, j’en sais les lignes directrices. Celles-ci ont été tracées il y a des années et ne doivent pas être changées. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Le nombre d’hommes augmente. La richesse augmente. La guerre augmente. Aujourd’hui, alors que les gouvernements puissants s’accordent sur le fait qu’il ne doit pas y avoir une autre grande guerre, nous pouvons encore applaudir les anciennes batailles et invasions qui ont su mélanger les compétences des conquérants et des conquis. Il n’y a pas de méchants dans l’histoire. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - pour qui ? Pourquoi est-ce que la richesse ne peut pas être utilisée pour aider les gens ici et maintenant ?

Elle l’est, mais nous pouvons seulement aider les gens en leur donnant moins que ce que nous leur prenons. Nous agrandissons l’oasis en agrandissant le désert. C’est la science du temps et de la gestion domestique. Certains appellent ça les sciences économiques. »



 






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