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📙 [𝓒𝓱𝓻𝓸𝓷𝓲𝓺𝓾𝒆] Le soldat désaccordé

  • jmgruissan
  • 11 janv.
  • 3 min de lecture

De Gilles Marchand, aux éditions Aux Forges de Vulcain, 2022


🔥🔥🔥🔥🔥

[Coup de cœur] Je dois vous avouer que je ne suis pas friand de roman sur les guerres mondiales et en particulier la première. Tous ces récits particulièrement horribles dans l’enfer des tranchées, de millions d’êtres humains envoyés sans états d’âme vers une véritable boucherie. Pourtant, le génie de Gilles Marchand est de faire de son texte, une ode à l’amour et à l’espoir, sans non plus faire abstraction des atrocités. C’est lors d’une escapade romantique à Aix en Provence, que ce livre m’a littéralement sauté dessus dans une petite librairie sympathique, Le Lagon Noir. Et dès les premières pages, ce fut une véritable émotion.

 

Dès l’armistice de 1918 signée, les familles de soldats sont en recherche d’un fils, d’un frère, d’un père, refusant le plus souvent l’évidente réalité d’une disparition totale de l’être aimé. Pourtant, un ancien combattant, blessé de guerre, enquête et parfois retrouve une tombe ou un homme perdu en hôpital. Dans les années 20, il est chargé par une mère de retrouver Emile Joplain. Consultant les archives, visitant les hôpitaux et casernements, notant les témoignages de soldats et d’officiers, notre enquêteur va découvrir une histoire d’amour incroyable au cœur du chaos meurtrier.

 

L’écriture de Gilles Marchand est empreinte de poésie et d’empathie, elle confère au récit une intensité qui nous permet d’imaginer la profondeur du traumatisme des soldats et des familles. Il explore comment chacun essaie de se reconstruire après 4 années de cauchemar. Au-delà du récit de guerre, le « soldat désaccordé » envisage le processus de résilience à travers la beauté, l’imaginaire et les rencontres. En tournant la dernière page, je suis resté un peu en apesanteur, semblant observer quelques âmes s’échapper des lignes du roman.

 

❓Connaissez-vous des récits originaux sur la première guerre mondiale ?



𝓓𝒆́𝓫𝓾𝓽 𝓭𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓻𝒆 « Je n’étais pas parti la fleur au fusil. Je ne connais d’ailleurs personne qui l’ait vécu ainsi. L’image était certes jolie, mais elle ne reflétait pas la réalité. On n’imaginait pas que le conflit allait s’éterniser, évidemment. Personne ne pouvait le prévoir. On croyait passer l’été sous les drapeaux et revenir pour l’automne avec l’Alsace te la Lorraine en bandoulière. »

 



𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « J’ai pris le train et j’ai marché jusqu’à un joli petit village qui venait d’inaugurer un joli monument aux morts de la jolie guerre. Il en fleurissait partout. C’était à qui aurait le plus beau, le plus grand, celui avec le plus de noms. J’avais même entendu des histoires de villages qui se battaient pour savoir à qui appartenaient les morts. Des paysans qui avaient habité entre deux communes et qui étaient devenus importants grâce à leurs dépouille patriote. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Dans le ciel, c’était le feu. Le feu et les cendres. Sur la terre, c’était les secousses et les tremblements. L’antichambre de l’Enfer.

Je n’ai pas vu Verdun. Je l’ai à peine senti, respiré.

En revanche, j’ai vu les regards des soldats. Ceux qui avaient survécu, qui avaient attendu la relève. Des yeux qui n’avaient plus rien d’humain : ouverts, écarquillés, apeurés, vidés. Ce n’étaient plus des soldats, ce n’étaient plus des hommes. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « La grande majorité, l’écrasante majorité des Alsaciens en âge de combattre étaient nés allemands.

Entre les discours à l’arrivée des troupes françaises et la mise en place des monuments aux morts, tout le monde était un peu emmerdé par cette histoire. Tu parles d’un dilemme : que devait-on écrire sur les monuments aux morts ? « Morts pour la Patrie » ? Oui, mais laquelle ? »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « L’arrivée des Indiens d’Amérique avait marqué les esprits. Il y avait eu comme une étrange rumeur qui avait parcouru les tranchées. Les Indiens d’Amérique. On parlait d’un mystérieux peuple à moitié sauvage.. On ne les connaissait pas. La seule fois qu’on en avait vu, c’était à l’exposition de 1892 au Jardin d’acclimatation, à Paris : trente-deux Amérindiens, enfermés dans des cages, qui avaient suscité la curiosité des visiteurs avides d’exotisme.

Au front, c’était une autre affaire. Ils étaient redoutés. Et particulièrement des Allemands. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Mais il entend sa voix, qui murmure des notes

« Je recherche un soldat, qui parle comme un poète,

Qui est beau comme un prince », elle dit ça et grelotte

Elle présente une photo : « Avez-vous vu sa tête ? »

Hérisson est muet, il croit qu’il est touché

L’apparition est belle, il doit sûrement rêver.

Et la mitraille se lève, troue la neige et la nuit,

Des balles par milliers empêchant tout repli. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Je repensai à un vieil officier qui m’avait dit un jour que les dates gravées sur une pierre tombale n’avaient pas de valeur en soi : que ce qui comptait, c’était le trait d’union. »

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