📙 [𝓒𝓱𝓻𝓸𝓷𝓲𝓺𝓾𝒆] Les yeux de Mona
- jmgruissan
- 1 févr.
- 3 min de lecture
De Thomas Schlesser, aux éditions Albin Michel, 2024
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Voici un livre qui m’a fait beaucoup penser au Monde de Sophie de Jostein Gaarder, mais le souvenir en est assez lointain. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un récit initiatique dont le thème principal est l’art, à travers une très belle visite commentée de trois magnifiques musées français, Le Louvre, Orsay et Beaubourg. Thomas Schlesser, historien d’art, nous entraine sur un magnifique chemin jalonné des plus grandes œuvres d’art, pour nous proposer aussi sa vision de la vie. Cet accompagnement érudit ne peut que donner l’envie de revoir ou découvrir les chefs-d’œuvre qui ont marqué l’histoire de l’art.
Catastrophe ! Mona a une dizaine d’année lorsqu’elle devient pour quelques minutes complètement aveugle. Pourtant, les différents tests et contrôles médicaux ne démontrent rien d’anormal dans sa vision et son cerveau. Mais cet étrange et éphémère accident peut-il revenir et être définitif, les spécialistes n’en savent rien. Elle sera médicalement suivie pendant un an, période pendant laquelle son grand-père décide de la confronter chaque semaine aux plus grandes beautés artistiques de notre monde. De Léonard de Vinci à Soulages, en passant par Camille Claudel et Edouard Monet, Mona va découvrir la force de l’art sur les hommes.
A travers ce roman, Thomas Schlesser nous interroge sur la fonction de l'art dans nos vies. En visitant les musées, Mona et son grand-père analysent pourquoi une œuvre devient iconique à l’instar de La Joconde. Mona s’aperçoit, petit à petit, qu’une œuvre peut bouleverser par ce qu’elle véhicule, beauté, peur, désir ou interrogation. Des questionnements qui sont certainement le véritable pouvoir magique de l’art.
❓Quel est l’œuvre d’art qui vous a le plus marqué ?

𝓓𝒆́𝓫𝓾𝓽 𝓭𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓻𝒆 « Tout devint sombre. Ce fut comme un habit de deuil. Et puis, çà et là, des scintillements, à la façon des taches que produit le soleil quand les yeux le fixent en vain derrière les paupières serrées, de même qu’on serre le poing pour résister à la douleur ou à l’émotion. »

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Le tableau a une valeur morale très claire : les bergers d’Arcadie découvrent que même si leur vie est merveilleusement plaisante insouciante, elle est vouée à s’arrêter. Le tableau est ce que l’on appelle un « memento mori » - encore une locution latine, Mona ! Ce qui signifie : « Rappelle-toi que tu vas mourir ». »

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « La peinture de Goya nous apprend que, quoi qu’il arrive, l’humanité produit et produira du monstrueux, qu’elle est une machine à cauchemars. C’est effrayant, mais la peinture de Goya nous apprend aussi à l’admettre, à nous montrer lucide sur notre part d’ombres. Mieux : une fois cette tragique leçon acquise, elle nous apprend à fabriquer nos propres monstres pour les sublimer, cesser d’en avoir peur. »

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - Oh, oui ! La gare Saint-Lazare, à partir de 1850, fut très appréciée de tous les artistes. Ils avaient là un sésame vers une nature qui leur servait d’atelier à ciel ouvert, à portée de main. La gare Saint-Lazare, c’était un billet vers la Normandie et toutes ses campagnes. Ainsi, ce tableau est à la fois un temple de l modernité mais c’est aussi ce que Baudelaire appelle une « invitation au voyage », une lucarne pour le rêve. »
𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - Oui, et comme elle (Camille Claudel), Brancusi a très vite saisi que s’il demeurait trop longtemps l’assistant de d’un tel maître, il ne parviendrait pas à s’épanouir, à devenir original. Au bout d’un mois, il s’est dit : « Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres. » Alors il a quitté Rodin pour chercher sa propre voie. »
𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Perec était l’auteur de la Disparition, un roman tout à fait dépourvu de la lettre e. Des centaines de pages sans aucun mot comportant cette voyelle. Et le tout pour raconter l’histoire d’une disparition, elle-même métaphore de la disparition des parents de l’auteur, morts dans les camps de concentration. »
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