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📙 [𝓒𝓱𝓻𝓸𝓷𝓲𝓺𝓾𝒆] Perfidia

  • 28 mars
  • 4 min de lecture

De James Ellroy, aux éditions Rivages, 2014


🔥🔥🔥🔥

Pourtant grand admirateur de l’œuvre de James Ellroy, j’hésitais à commencer ce volumineux ouvrage de 900 pages, sachant que c’était aussi le premier tome du second quatuor de Los Angeles. Et puis, dès les premières pages, j’ai retrouvé le plaisir de la lecture et du style si personnel de cet auteur. Tout d’abord Perfidia, un titre qui revient comme une chanson (des années 1930), une obsession, celle de la trahison. Un thème qui va nourrir l’ensemble des pages, dans l’amitié, l’amour, le travail, le business et les idéaux politiques. Un flot de sentiments vont s’entrechoquer dans les USA du début des années 40.

 

C’est plus précisément durant le dernier mois de l’année 1941, que James Ellroy nous invite à découvrir la destinée de 4 personnages. Quatre individus hors du commun, Dudley Smith, flic truand et violent, Hideo Ashida, policier scientifique brillant, Kay Lake, intelligente et ambitieuse, et le capitaine William Parker alcoolique et ambitieux ; ils sont pris dans un tourbillon de violence, de xénophobie et de paranoïa. En effet, dès les premières pages du livre tournées, les Japonais attaquent par surprise Pearl Harbor. La peur, la folie s’emparent de Los Angeles, à portée des sous-marins japonais.

 

La veille de cette attaque, les 4 membres d’une famille japonaise, les Watanabe, sont retrouvés morts dans des circonstances suggérant un suicide rituel, mais très vite Hideo Ashida, l’expert scientifique japonais-américain au LAPD, suspecte un meurtre. Pourtant, le contexte tendu qui s’installe aux USA et notamment à Los Angeles, incite certains responsables de la ville à insister auprès des inspecteurs pour résoudre rapidement cette affaire et trouver une issue particulièrement en adéquation avec le slogan qui fleurit dans toutes les rues « Mort aux Japs ».

 

Avec Ellroy, son récit est renforcé par les faits historiques. Des faits qui densifient le texte par la réalité qu’ils apportent aux drames qui se jouent dans ce roman extrêmement noir. Noir parce qu’Ellroy ponctue son texte d’images d’un racisme violent envers les Japonais, les Noirs, les Mexicains et les Juifs engendré par la propagande et un slogan qui revient de nos jours « l’Amérique d’abord ». Des thèmes qui semblent plus pertinents que jamais, quand on confond vérité et manipulation. Si vous aimez les livres exigeants, sans concessions mais puissants, Ellroy est fait pour vous.

 

Quel est votre roman préféré de James Ellroy, pour ma part Le grand nulle part ?



𝓓𝒆́𝓫𝓾𝓽 𝓭𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓻𝒆 « C’est l’appareil de l’Hégémonie juive qui a rendu cette guerre inéluctable – et à présent, cette guerre est la nôtre, qu’on le veuille ou non. »

 


𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Cette radio continue de vociférer. Je n’ai pas envie de répliquer au laïus d’Elmer. Je vais jusqu’à la fenêtre et regarde au dehors.

Un voisin me voit. Nos fenêtres sont grandes ouvertes. Sa radio nous casse les oreilles. Il tend le bras et l’éteint.

Il m’annonce :

-          Les Japonais ont bombardé Pearl Harbor. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Bette voit ces horreurs et elle pleure. Il la console. La guerre, mon enfant, a la sombre grandeur du châtiment. Elle séduit le démon qui est en moi. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Scotty regarde Dudley. Un gamin tong tout maigre fait un doigt à Dudley. Dudley s’esclaffe. Le gamin maigre lui crache du sang sur les chaussures.

Dudley dit :

-          Otez-lui ses menottes. Amenez-le dehors un moments.

Scotty libère le môme. Dudley descend du fourgon. Scotty pousse le môme vers lui. Le petit rebelle crache du sang et vacille sur ses jambes.

Dudley ordonne :

-          Tuz-le.

Scotty sort son .45. Scotty lui fait sauter la cervelle, à bout portant. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - Ma douce, ma douce, le sommeil te gagne, je le vois.

-          J’ai sommeil, c’est vrai. Et je suis une égoïste qui a bien l’intention de s’endormir à cet endroit même.

-          Je m’en voudrais de t’en empêcher.

-          Mon Dieu, quand je repense à ces jeunes marins. Je veux que pas un seul d’entre eux ne meure. Je refuse que cela se produise, et je l’interdis. Bon sang, ces saloperies de Japonais !

-          Tu bâilles, ma belle. Dis-moi quelque chose d’inoubliable avant de t’écrouler.

-          Dudley Liam Smith, tue un Jap pour moi, s’il te plaît. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « - C’est ça, chef, Vous avez pas besoin de me poser vos questions aussi vite, remarquez. C’est pas comme si j’avais pas envie de retourner d’où je viens. En plus, vous aviez pas besoin de cogner comme des brutes, vos copains et vous. J’avais une bonne planque à l’asile, là-haut, à Atascadero.

-          Veuillez m’excuser, monsieur Shudo, mais vous ressemblez vraiment à un loup-garou. Mes collègues et moi-même n’étions pas préparés à découvrir un physique aussi terrifiant que le vôtre, et nous avons réagi sous le coup d’une vraie panique. De nouveau, monsieur Shudo, mes excuses les plus sincères. »

 

𝓔𝔁𝓽𝓻𝓪𝓲𝓽 « Leurs regards se séparent. Celui de Dudley s’attarde sur certains objets. La toile de Kandinsky. Une partition de musique dans un cadre doré. C’est le prélude de Rachmaninoff inspiré par son exil. Il en est sûr.

Ils se regardent à nouveau. Dudley remarque des bosses symétriques sur son nez. Elle porte des lunettes, l’occasion. A monture d’écaille, apparemment.

Claire lui dit :

-          Il me semble que vous seriez l’homme idéal avec qui passez cette guerre.

-          Vraiment ? C’est vous qui pensez cela ? »



 






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